Exposition dans le cadre de la Nuit Blanche 2024 à Paris
à l’église Saint-Louis d’Antin.

Nuit Blanche 2024

Invité par Art, Culture et Foi et l’Espace Bernanos à participer la Nuit Blanche 2024, Ivan Martel expose ses toiles à l’église Saint-Louis d’Antin dans le 9ème arrondissement de Paris.

Exposition de peinture du 1er au 3 juin 2024 dans l’église Saint-Louis d’Antin et à l’Espace Bernanos, Paris 9ème. Entrée libre. Nocturne dans le cadre de la nuit blanche.

Le 1er juin à 19h30 : rencontre/conférence avec le père Philippe Desgens, délégué épiscopal pour la pastorale de l’art et la culture dans diocèse de Paris.

La nuit est lumière


À travers ce travail sur le clair-obscur Ivan Martel cherche à entrer dans un corps
à-corps avec la lumière. Toujours sur fond noir, il utilise son couteau pour venir
ciseler l’obscurité et lui donner sa vraie profondeur. À l’inverse du dessin classique
qui consiste à déposer les ombres sur le papier pour décrire un sujet, ici on viendra
révéler en pleine lumière ce qui est présent dans le secret.


Dans le cadre de cette exposition à Paris dans l’église Saint-Louis d’Antin et dans l’Espace Bernanos, l’artiste est allé puiser dans les Ecritures pour méditer sur le thème de la victoire de la lumière sur les ténèbres.


À l’école des ténèbres


Notre rétine dispose de deux types de photorécepteurs : les premiers captent les
tons (couleurs), les seconds les valeurs (reliefs, formes et intensité lumineuse).
La peinture dite en clair-obscur, qui remonte à l’antiquité, est un type de
représentation qui met l’accent sur les valeurs plutôt que sur les tons.
Avec le ténébrisme, Le Caravage rajoute une dimension spirituelle à cette
technique en y accentuant les contrastes, insistant sur l’irruption brutale et ciblée de
la lumière directe dans les ténèbres.
Plus tard, l’impressionnisme mettra entre parenthèses la question des valeurs pour
se concentrer sur les tons, les délégant petit à petit à la caméra qui, sans les
représenter, les captera, donnant naissance à un nouvel art : la photographie
argentique.


L’artiste Ivan Martel veut ainsi renouer avec une expression manuelle des valeurs.
Ce type de représentation étant par essence tri-dimensionnelle, il a adapté ses
outils : avec ses couteaux au tranchant enduit de blanc, il taille dans un bloc de
ténèbres comme le ferait le sculpteur dans un bloc de marbre.

Une esthétique archaïque d’ombre et de lumière


Arpenteur de longue date des récits bibliques et de leurs paysages, du zénith du
Néguev à l’ombre de l’Horeb, Ivan Martel s’est imprégné de cette esthétique du
contraste.


Arafel & Or
Le dieu d’Israël s’est progressivement révélé aux hommes dans leur histoire
naissante à travers une double théophanie : la lumière et les ténèbres.


Avant de révéler une première fois son identité à Moïse, il se laisse d’abord
deviner à l’âge de bronze sous les traits d’un dieu de l’orage mésopotamien et d’un
dieu solaire cananéen.

– Le dieu de l’orage qui parcourt les steppes, dompte les eaux, fait trembler la
terre et se cache dans la nuée obscure. (Arafel en hébreux : nuage, ténèbres, brouillard)
“Il incline les cieux et descend, une sombre nuée sous ses pieds. Il vole sur les ailes du vent. Il se
cache au sein des ténèbres + et dans leurs replis se dérobe : nuées sur nuées, ténèbres diluviennes.
Ses nuages déferlent.”
Ps 17

– Le dieu solaire qui habite les cieux, trône avec justice sur les armées célestes et réchauffe de sa lumière. (Or en hébreux : feu/lumière)
“Sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde. Là, se trouve la
demeure du soleil : + tel un époux, il paraît hors de sa tente, il s’élance en conquérant joyeux. Il
paraît où commence le ciel, + il s’en va jusqu’où le ciel s’achève : rien n’échappe à son ardeur.
Aussi son serviteur en est illuminé.”
Ps 18

Le dieu de Moïse hérite de ce double attribut : il habite les ténèbres et éclaire le
monde.
“Le Seigneur lui-même marchait à leur tête : le jour dans une colonne de nuée pour leur ouvrir la
route, la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer ; ainsi pouvaient-ils marcher jour et nuit.”
Ex 13, 21

Le Christ, lumière du monde, soumet définitivement la nuée (arafel, ténèbre) qu’il
utilisera même comme marche-pied pour remonter au ciel. (Ac 1,9) Il marque pour
l’éternité les ténèbres du sceau de la lumière et accomplit l’écriture :
“La ténèbre n’est point ténèbre devant toi, la nuit comme le jour est lumière. »


Des ténèbres à la lumière


Les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. (Gn 1, 2)
Le Seigneur déclare demeurer dans la nuée obscure. (1 R 8, 12)
Il incline les cieux et descend, une sombre nuée sous ses pieds : Il se cache au sein des ténèbres et dans leurs replis se dérobe : nuées sur nuées, ténèbres diluviennes. (Ps 17, 12)
Il s’entoure de ténèbres comme d’une tente, Une lueur le précède, (2 S 22, 12)
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. (Is 9, 1)
Lumière des coeurs droits, il s’est levé dans les ténèbres, (Ps 111, 04)
Pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. (Lc 1, 79)
J’avais dit : « Les ténèbres m’écrasent ! » mais la nuit devient lumière autour de moi. Même la ténèbre pour toi n’est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière ! (Ps 138, 11)
La nuit tire à sa fin, le jour va se lever, (Rm 13, 12)
Les ténèbres se dissipent et la lumière véritable brille déjà. (1 Jn 2, 8)
Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière. (Mt 10, 27)
Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. (Jn 8, 12)
La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
(Jn 1, 5)
Qui regarde vers lui resplendira. (Ps 33)


Une mystique de la nuit obscure

L’artiste envisage chaque tableau comme une invitation à voyager en son lieu secret.
Allons à la rencontre.


“ Pendant une nuit obscure,
Je suis sortie sans être aperçue,
Et étant bien cachée dans les ténèbres,
Je suis sortie en ce lieu secret,
Sans autre lumière,
Que celle qui luit dans mon cœur.
Elle me conduisit
Plus surement que la lumière du midi,
Où m’attendait celui qui me connait très bien.”


La Nuit obscure, Saint Jean de la Croix


“ Sublime hauteur qui surpasse toute lumière.
Là, sans voiles, l’obscurité très lumineuse d’un silence plein d’enseignements profonds : obscurité merveilleuse qui rayonne en splendides éclairs, et qui, ne pouvant être ni vue ni saisie, inonde de la beauté de ses feux les esprits saintement aveuglés.”


La Théologie mystique, Pseudo-Denys l’Aréopagite

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